La naloxone : comment fonctionne-t-elle ?

Lorsqu’une personne est victime d’une surdose d’opioïdes, chaque seconde est précieuse. Dans ces situations critiques, la naloxone est souvent le seul rempart immédiat contre la mort. Ce médicament d’urgence, devenu essentiel dans les interventions de premiers soins, est conçu pour contrer temporairement les effets des opioïdes sur le système nerveux. Comprendre son fonctionnement, ses limites et la manière de l’utiliser est essentiel pour tout citoyen, qu’il soit professionnel de la santé, intervenant communautaire ou simplement témoin potentiel d’un événement tragique.

Mécanisme d'action : une course contre la montre

Les opioïdes comme la morphine, l’oxycodone, l’hydromorphone ou le fentanyl agissent en se fixant à des récepteurs spécifiques dans le cerveau, appelés récepteurs opioïdes. Une fois activés, ces récepteurs réduisent la douleur, procurent une sensation de bien-être, mais ralentissent également des fonctions vitales comme la respiration. En cas de surdose, l’activité cérébrale est tellement ralentie que le corps peut cesser de respirer.

La naloxone agit comme un antagoniste de ces récepteurs. Elle entre en compétition directe avec les opioïdes en se fixant sur les mêmes récepteurs, sans les activer. Elle bloque ainsi l’effet des drogues en « délogeant » les molécules toxiques et en empêchant leur action. Ce mécanisme permet de restaurer la respiration et d’éviter la perte de conscience prolongée, voire la mort par arrêt respiratoire.

Une action rapide mais temporaire

L’un des grands atouts de la naloxone est sa rapidité. Administrée en injection intramusculaire ou par vaporisateur nasal, elle agit généralement en deux à cinq minutes. Cette fenêtre d’action permet de maintenir en vie la personne le temps que les services d’urgence prennent le relais. Toutefois, l’effet de la naloxone dure entre 20 et 90 minutes, tandis que certains opioïdes peuvent rester actifs dans le corps bien plus longtemps. Cela signifie que les symptômes de la surdose peuvent réapparaître après l’intervention, une fois que la naloxone cesse d’agir. C’est pourquoi appeler le 911 reste une étape incontournable, même si la personne semble aller mieux.

Comment administrer la naloxone ?

Deux principaux formats sont disponibles au Québec : l’injection intramusculaire et le vaporisateur nasal. Dans les deux cas, les dispositifs sont conçus pour être simples et utilisables par tous, sans formation médicale avancée.

Pour l’injection intramusculaire, la seringue préremplie est injectée directement dans la cuisse, même à travers les vêtements si nécessaire. Le vaporisateur nasal, quant à lui, s’administre en insérant l’embout dans une narine et en appuyant fermement. La dose est unique et le médicament est absorbé rapidement par les muqueuses.

Chaque trousse de naloxone contient également des instructions détaillées, des gants, et un guide étape par étape. Une fois la dose administrée, il faut placer la personne en position latérale de sécurité si elle est inconsciente, surveiller sa respiration, et commencer la RCR si nécessaire, en attendant les secours.

Un médicament sûr et accessible

La naloxone est extrêmement sécuritaire. Elle n’a aucun effet secondaire chez une personne non intoxiquée aux opioïdes. Cela signifie que même en cas de doute, il vaut mieux l’administrer. Il n’y a aucun risque d’aggraver la situation si la personne n’était pas réellement en surdose.

Cependant, une personne qui dépend des opioïdes peut ressentir un sevrage brutal après l’administration. Elle peut alors présenter de l’agitation, des frissons, des nausées ou des douleurs. Ces effets, bien que désagréables, sont temporaires et préférables à l’issue fatale d’une surdose non traitée.

Au Québec, la naloxone est distribuée gratuitement dans la majorité des pharmacies, sans prescription. Que vous soyez une personne à risque, un proche, un travailleur communautaire ou simplement un citoyen soucieux de pouvoir intervenir, vous pouvez vous procurer une trousse sans jugement ni obligation.

Intégrer la naloxone dans les formations en premiers soins

Chez FIMUQ, nous croyons fermement que chaque citoyen devrait avoir les moyens d’agir. C’est pourquoi notre formation en premiers soins inclut désormais un module complet sur les surdoses d’opioïdes et l’utilisation de la naloxone. Nous y abordons les signes d’une surdose, les bonnes pratiques d’intervention, la manipulation sécuritaire des dispositifs et les aspects légaux liés à l’intervention.

Nous formons aussi les participants à gérer la charge émotionnelle associée à une intervention de ce type, afin qu’ils puissent rester calmes et efficaces malgré le stress. Parce que dans ce type de situation, la préparation fait toute la différence.

Une réponse collective à une crise silencieuse

La naloxone ne résout pas la dépendance. Elle ne remplace pas les soins, l’accompagnement ou les interventions sociales. Mais elle sauve des vies, en attendant que la personne reçoive l’aide dont elle a besoin. En élargissant son accessibilité, en formant les communautés, et en encourageant un réflexe de vigilance et d’intervention, nous bâtissons un filet de sécurité collectif.

Disposer d’une trousse de naloxone, ce n’est pas faire preuve de pessimisme. C’est faire preuve de responsabilité. C’est comprendre que la surdose peut frapper n’importe qui, à n’importe quel moment, et que vous pouvez être la personne qui fait la différence.

FAQ – Naloxone et surdoses d’opioïdes

Si la personne est inconsciente, ne respire plus normalement, a des pupilles contractées et des lèvres bleues, agissez sans attendre.

Non. Le médicament est sans danger même s’il est administré à tort. Il vaut mieux intervenir que de ne rien faire.

Oui, elle est offerte gratuitement dans les pharmacies participantes au Québec. Aucune prescription n’est requise.

Oui. La formation FIMUQ en premiers soins inclut un volet complet sur la gestion des surdoses et l’administration de la naloxone.

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